violence

En 1991

Le mépris et la violence contre les femmes: un scandale banalisé.

Les femmes revendiquaient:

  • une société respectueuse des femmes;
  • pouvoir vivre dans être exposés aux abus sexuels et à la violence, à la maison, au travail, et dans la rue.

En 2011 les femmes revendiquent…

  • la fin de la violence psychologique, physique et sexuelle contre les femmes dans le couple, au travail, à l’école et dans la rue;
  • la fin des stéréotypes sexistes dans la publicité, les médias, les manuels scolaires.

NON aux violences sexuelles (par Viol-Secours)

Le viol, on en parle trop. On en parle trop, lorsqu’on en parle mal. Entretenir des mythes, des croyances ne fait que maintenir dans le silence un grand nombre de violences sexuelles.

Pendant longtemps, le viol d’une femme signifiait sa mort. Certes sa mort sociale et non sa mort physique, sa mort en tant que femme qui ne pouvait prétendre à une existence qu’à travers un homme. Bien souvent, elle se retrouvait bannie par les siens, symbole de déshonneur trop insupportable aux yeux de son époux et de sa famille. Dans ces temps-là, on ne parlait pas de la réparation d’une victime ; il aurait fallu qu’elle soit un sujet dont la société se préoccupe. Or le patriarcat, seul modèle de société en vigueur, octroyait aux femmes le statut d’objet du patrimoine masculin.

La société fait un pas en avant, revendiqué par les femmes qui luttent pour avoir une place à part entière dans le fonctionnement social. Elles vont acquérir des droits, à coup de batailles contre le pouvoir dominant des hommes. L’une de leurs victoires sur le passé est d’avoir obtenu pour certaines le droit à une sexualité, ouvrant ainsi la porte à la notion de plaisir mutuel, sans la limiter à la reproduction biologique. La société marque le pas concernant le viol, les lois suivent. Ainsi, dans le code pénal des années nonante, on considère les violences sexuelles comme une « atteinte à l’intégrité sexuelle » et non plus comme une « atteinte aux mœurs ». Le viol, tel qu’il est défini par le code pénal, correspond à un acte sexuel commis sur une femme non consentante. On accepte qu’il soit un crime contre une personne à part entière. On accepte dès lors que le viol ne soit plus affaire privée, mais un crime qui doit être légiféré, sanctionné. Néanmoins, la société façonnée à l’image des hommes perdure : l’actuel code pénal suisse considère tout autre acte de pénétration (anale et buccale) comme une contrainte sexuelle et non un viol. Cet aspect témoigne encore d’une conception patriarcale cherchant à punir les grossesses non légitimes.

Le viol, on en parle mal en effet, car les lois ne sont pas dénuées des mythes et des croyances sociales. Ça et là, dans les comptes rendus de procès pénaux, on peut lire qu’ « il n’était pas dans un état de conscience qui puisse prouver qu’il avait l’intention de la violer ; il avait beaucoup bu et donc sa capacité de discernement en était amoindrie ». Dans la bouche d’un homme accusé de viol, l’alcool devient bien souvent une circonstance atténuante pour la justice. Du côté de la femme victime, « c’est pour sa prune » ! La même circonstance devient aggravante pour une femme violée. Un homme qui boit et viole est donc souvent déresponsabilisé de son acte ; la femme, parce qu’elle a bu, devient responsable de son viol ! En Italie, dans les années nonante, une jeune femme qui avait porté plainte pour viol, s’est retrouvée culpabilisée symboliquement par les propos du juge : comment pouvait-elle prétendre à un viol, alors qu’elle portait des jeans et que ceux-ci n’avaient pas été déchirés ? Ces croyances qui ont encore cours dans ce monde de la justice sont le reflet de la domination d’un groupe sur un autre. Elles culpabilisent les femmes agressées et leur font porter le poids de la prévention. Leur liberté s’en retrouve réduite. La majorité des femmes violées ne porte pas plainte, justement parce que les femmes ont peur d’être jugées par la justice. Elles ont peur de ces préjugés qui les entourent dans leur vie quotidienne en les accablant. Dans cette situation, mieux vaut se taire, se replier sur soi-même qu’être une deuxième fois « violée », parce que son intégrité sexuelle est décriée. Mais alors, c’est quoi un viol? Un acte commis par la victime ? Un acte dont il vaut mieux ne pas en parler, parce qu’il dérange?

Pour déconstruire les clichés sur le viol, il faut en parler sous toutes ses coutures. Les parkings souterrains et parcs publics sont diabolisés ; pourtant très souvent les violences sexuelles ont lieu dans l’espace privé et intime, plutôt que dans l’espace public. L’agresseur n’est pas un obsédé sexuel qui ferait irruption chez nous, mais une personne proche, en qui on a confiance. Le viol n’est pas le fruit de pulsions sexuelles subites ; c’est la manifestation d’une prise de pouvoir, une prise d’otage dont l’arme est la sexualité. Le viol et toutes les autres formes de violences sexuelles ne concernent pas un problème individuel, puisqu’ils touchent plus d’une femme sur trois en Suisse. Il s’agit là d’un fléau social inscrit dans une société qui assigne des rôles inégaux aux individus en fonction de leur sexe. Le viol, puisqu’il est un crime, est la pointe d’un iceberg où l’on retrouve à des degrés inférieurs d’autres formes de violences que sont les croyances, mythes et préjugés fondés sur le sexe. L’expression populaire ne dit-elle pas : « les femmes sont les représentantes du sexe faible, les hommes du sexe fort ». Quand la publicité, la mode vestimentaire, les clips vidéo, les séries télévisées font la part belle aux bimbos sexy, provocantes à merci et aux mâles en puissance, biscottos et grosses doudounes à l’appui, les dérapages sexuels entre jeunes deviennent banal. Le viol a son terreau fertile et s’étale dans les médias, sur les manchettes. Le viol, on en parle trop, parce qu’on en parle mal…

A Viol Secours, on dénonce ce phénomène comme étant un enjeu de société. A Viol-Secours, on parle du viol et des autres formes de violences sexuelles, en pointant les mécanismes sexistes qui les entretiennent. Ce travail en amont des violences sexuelles est essentiel. Pour nous, il s’agît aujourd’hui de poser les bonnes questions, il en va d’un principe d’égalité des droits entre femmes et hommes, entre filles et garçons: « pourquoi tant d’hommes ont besoin de prouver leur virilité au travers d’actes sexuels brutaux ? » et « pourquoi la force, la compréhension et le respect ne seraient-ils pas des signes d’humanité, plutôt que des signes soit masculin, soit féminin? ». L’estime de soi et de l’autre, le respect de soi et de l’autre sont des éléments indispensables pour la prévention des actes de violence sexuelle. Or cela passe par l’acceptation et la reconnaissance de différentes manières d’être, sans que cela ne crée des inégalités et des rapports de pouvoir. Se déplacer dans la rue à midi comme à minuit, en mini-jupe ou en basket, être à l’aise à la maison ou dans un parking, aimer une femme ou un homme est l’expression d’un droit humain inaliénable, quelque soit le sexe auquel on appartient.

En aval, notre travail consiste aussi à parler du viol, des violences sexuelles aux femmes qui ont en vécues. Un viol est une blessure, une atteinte profonde à l’intégrité, mais il est possible de la panser, de s’en occuper. A leur côté, nous les aidons à mettre des mots sur leurs souffrances. Faire parler la colère pour comprendre sur quoi elle repose. Nommer la culpabilité, ce lourd poids que beaucoup de femmes portent en elles, comme une des premières expressions de lutte contre leur sentiment d’impuissance. Comprendre les mouvements de leur corps et les réactions de leur pensée, sont autant d’étapes essentielles vers la sortie. Bientôt viendra le temps de l’intégration de l’agression dans leur histoire de vie, de l’appropriation de leur corps et finalement de l’autonomie retrouvée. Ce chemin vers la sortie, nous le connaissons bien à Viol-Secours, nous l’accompagnons pas à pas. A plus large échelle, notre action passe par une prise de conscience sociale qu’il est possible d’éviter une double victimisation des femmes victimes d’un viol liée aux commentaires de leurs entourage tant professionnel que familial. Oui, elles avaient le droit d’être dehors le soir. Oui, elles étaient amoureuses, Oui, elles ont fait confiance. Non, elles ne l’ont pas cherché. Non, elles n’ont pas provoqué le viol avec leurs vêtements. Et non, c’est toujours NON.

Le viol, on n’en parlera moins et mieux quand les hommes pourront aussi exprimer leur faiblesse, quand les femmes pourront aussi manifester leur force, au-delà de tout rapport de domination sexiste. Transmettons des outils pour se défendre lors que le droit d’être soi est menacé, transmettons le droit au respect, à la liberté et à l’autonomie.

13h30 Dépôt de la pétition « Pour des institutions de la petite enfance de qualité »

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